En venant pour la première fois visiter les Murs à pêches de Montreuil, ancien héritage de l’arboriculture en Île-de-France, une grosse abeille à l’allure peu commune attire mon attention. Elle vole dans une grosse cavité d’un des murs, formée par la chute de quelques pierres qui le constituaient, et semble chercher un petit trou où entrer. Il s’agit de Melecta albifrons.
Il s’agit d’une grande abeille sauvage à l’abdomen étrangement pointu et bordé de tâches de poils blancs. Elle se distingue de Melecta luctuosa, la seule autres espèce similaire de la région, par sa pilosité thoracique qui est brun clair contrairement à celle de Melecta luctuosa qui a le thorax blanc et noir.
Melecta albifrons est ce qu’on appelle une “abeille coucou”, c’est-à-dire qu’elle parasite les nids d’autres abeilles en pondant dedans. Elle parasite toujours des nids d’Anthophore, principalement les nids d’Anthophora plumipes.


Anthophora plumipes est une espèce fouisseuse qui creuse ses galeries dans des substrats meubles, souvent en parois verticales. Elle montre une grande capacité d’adaptation et utilise aussi bien des talus naturels que des structures d’origine humaine : murs anciens, murs en pierres ou sols compactés. Il n’est pas rare d’observer des agrégations importantes, parfois composées de plusieurs centaines de nids. Melecta albifrons, son parasite, s’invite dans son nid en son absence et creuse un trou dans le bouchon de terre de la cellule à couvain dans laquelle elle pond alors. Lorsque le bouchon est frais et encore meuble, le processus peut prendre seulement 5 minutes, ce qui limite les risques de se retrouver antenne à antenne avec l’hôte. Une telle rencontre est souvent fatale pour Melecta albifrons, les femelles d’Anthophora plumipes étant très agressives !

Les Murs à Pêches, longs murs en pierres et en plâtre, autrefois utilisés pour la culture des pêchers, offrent un habitat idéal pour ces espèces d’abeilles. Les nombreuses cavités et zones de substrat meubles favorisent l’installation des nids, tandis que la richesse floristique des différentes parcelles fournit des ressources alimentaires abondantes à proximité immédiate.
Les Murs à Pêches sont à la fois un patrimoine historique et un support pour des écosystèmes à découvrir.
Article écrit par Lou Helbert, volontaire en service civique à l’ANCA
