Dans les murs (à pêches), des abeilles sauvages à découvrir !

En venant pour la première fois visiter les Murs à pêches de Montreuil, ancien héritage de l’arboriculture en Île-de-France, une grosse abeille à l’allure peu commune attire mon attention. Elle vole dans une grosse cavité d’un des murs, formée par la chute de quelques pierres qui le constituaient, et semble chercher un petit trou où entrer. Il s’agit de Melecta albifrons.
Il s’agit d’une grande abeille sauvage à l’abdomen étrangement pointu et bordé de tâches de poils blancs. Elle se distingue de Melecta luctuosa, la seule autres espèce similaire de la région, par sa pilosité thoracique qui est brun clair contrairement à celle de Melecta luctuosa qui a le thorax blanc et noir.

Melecta albifrons est ce qu’on appelle une “abeille coucou”, c’est-à-dire qu’elle parasite les nids d’autres abeilles en pondant dedans. Elle parasite toujours des nids d’Anthophore, principalement les nids d’Anthophora plumipes

Anthophora plumipes est une espèce fouisseuse qui creuse ses galeries dans des substrats meubles, souvent en parois verticales. Elle montre une grande capacité d’adaptation et utilise aussi bien des talus naturels que des structures d’origine humaine : murs anciens, murs en pierres ou sols compactés. Il n’est pas rare d’observer des agrégations importantes, parfois composées de plusieurs centaines de nids. Melecta albifrons, son parasite, s’invite dans son nid en son absence et creuse un trou dans le bouchon de terre de la cellule à couvain dans laquelle elle pond alors. Lorsque le bouchon est frais et encore meuble, le processus peut prendre seulement 5 minutes, ce qui limite les risques de se retrouver antenne à antenne avec l’hôte. Une telle rencontre est souvent fatale pour Melecta albifrons, les femelles d’Anthophora plumipes étant très agressives !

Vue sur une parcelle des Murs à Pêches © S vdBrink

Les Murs à Pêches, longs murs en pierres et en plâtre, autrefois utilisés pour la culture des pêchers, offrent un habitat idéal pour ces espèces d’abeilles. Les nombreuses cavités et zones de substrat meubles favorisent l’installation des nids, tandis que la richesse floristique des différentes parcelles fournit des ressources alimentaires abondantes à proximité immédiate.
Les Murs à Pêches sont à la fois un patrimoine historique et un support pour des écosystèmes à découvrir.

Article écrit par Lou Helbert, volontaire en service civique à l’ANCA

Espèce du mois d’aout : Andrena fuscipes

Andrena fuscipes, fait partie des retardataires parmi les abeilles sauvages. En effet, ce n’est que lorsque la callune fleurit courant juillet que l’on peut, avec un peu de chance, observer cette espèces rare dans notre région. La femelle ne récolte du pollen et nectar que sur les fleurs de callune (Calluna). On dit que c’est une espèce oligolectique. Elle est donc inféodée aux landes sèches avec de grands peuplements de callunes. Ce type d’habitat est rare en région Ile-de-France.

Les femelles creusent leur nid dans le sable entre les buissons de bruyères où la végétation est clairsemée. Les adultes volent entre les mois de juillet et septembre.

Andrena fuscipes (femelle) – Pamela Amiard

Cette andrène de taille moyenne (8-10mm) a une pilosité et coloration typique : l’extrémité des tergites sont recouvertes de larges bandes de poils brun-jaune, la face et les côté du thorax sont aussi brun jaune et le dessus du thorax brun roux. Elle a un aspect hirsute. Les mâles ressemblent aux femelle mais sont cependant nettement plus minces.

Lande à bruyères et callunes de la foret régionale de Grosbois – Pamela Amiard

Nous avons observé une importante population d’Andrena fuscipes sur les landes sèches de la forêt régionale de Grosbois. Cette espèce est déterminante de ZNIEFF en Ile-de-France.

Nomada rufipes (mâle) - Pamela Amiard

A. fuscipes est parasitée par une abeille coucou : Nomada rufipes. Les nomades sont des espèces cleptoparasites dont les femelles s’introduisent dans les nids d’une autre abeille solitaire pour y pondre ses œufs… les larves se développent alors sur les réserves nutritives constituées par l’espèce hôte pour ses œufs.

L’identification des Nomada est délicate et requiert l’examen de plusieurs critères sous loupe binoculaire. N. rufipes est également déterminante de ZNIEFF en Ile-de-France.

Photo ci-contre : Nomada rufipes (mâle) – Pamela Amiard

Espèce du mois : Le Harle bièvre

Femelle d’Harle bièvre © M. Humbert

Lors d’une de nos prospections le 19 mars de cette année, notre stagiaire Merlin, à peine arrivé pour son deuxième stage à l’ANCA a repéré un oiseau étrange sur le Canal de Chelles au niveau de la passerelle permettant d’accéder au parc départemental de la Haute-Ile.

Avec une allure de canard et un bec dont la forme peut rappeler celui d’un cormoran mais avec des excroissances en forme de dents, il s’agit du Harle bièvre (Mergus merganser) !

En plus de son bec, le Harle bièvre à d’autres points communs avec les cormorans, dans son régime alimentaire.
En-effet, son régime est essentiellement piscivore, il pèche en général des poissons d’une dizaine de centimètres mais peut également s’attaquer à des poissons faisant jusqu’à 30 ou 40 cm ! Ses « dents » lui servent alors à avoir une meilleure prise sur la peau glissante des poissons.

Femelle d’Harle bièvre © L. Claivaz

Le Harle bièvre fait son nid en hauteur dans des cavités d’arbres, de roche ou de bâtiments, il lui arrive également de nicher au sol. Une fois éclos, les petits se jettent dans le vide pour pouvoir rejoindre l’eau le plus rapidement possible.

Le Harle bièvre est une espèce dont le territoire est en extension, elle niche en France depuis 1905, et elle s’y étend progressivement en partant du lac Léman. Aujourd’hui, entre 220 et 250 couples nicheraient en France dont 150 sur la partie française du lac Léman.

Le Harle bièvre a un autre point avec les Cormorans, celui d’être accusé par certains d’être une espèce envahissante menaçant les populations de poissons. Elle est même parfois qualifiée d’espèce allochtone dû à son expansion récente. Cette expansion est pourtant une dynamique parfaitement naturelle et est probablement due à sa mise sous protection, ayant réduit les destructions dues à l’homme et permettant une amélioration de l’état des populations. Quant à son impact sur la faune piscicole, rien ne semble le démontrer.

En Seine-Saint-Denis le Harle bièvre est un oiseau rare, observé de manière très ponctuelle et principalement dans ce secteur, la dernière donnée remonte à 2012.

Espèces du mois : Papillons des souterrains.

Découpure couverte de gouttelettes de condensation © L. Claivaz

En janvier, l’ANCA réalise l’inventaire des gîtes à chiroptères, ces inventaires permettent de trouver des chiroptères mais également de nombreuses autres espèces profitant des milieux souterrains de différentes manières.
Comme les chiroptères, quelques espèces de papillons utilisent ces milieux bien particuliers pour passer l’hiver, ces de ceux-ci que nous parlerons aujourd’hui.

En Seine-Saint-Denis, les trois espèces les plus couramment observées appartiennent à la famille des Erebidae, une famille de papillons nocturnes de formes et de couleurs très variés.

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