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Association agréée d'étude et de protection de la nature

Création d’une mare pour les Alytes accoucheurs de la friche Carnot

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En septembre 2010, nous avions découvert la présence d’une station d’Alytes accoucheurs au centre-ville de Noisy-le-Sec, dans un jardin privé accolé à la friche Carnot. Cette population endémique relictuelle se reproduisait alors dans un petit bassin du jardin qui n’est plus accessible depuis. En juin 2016, seuls trois mâles chanteurs ont été entendus (ANCA Nouvelles n°48). Afin de maintenir la population d’Alytes accoucheurs sur cette friche, il était donc urgent de leur offrir un nouveau point d’eau où ils puissent se reproduire !

Quid de l’Alyte accoucheur ?

La friche Carnot, située à Noisy-le-Sec, accueille une population d’Alytes accoucheurs (Alytes obstetricans). Cette espèce, protégée à l’échelle nationale au titre de l’arrêté du 19 novembre 2007, tient son nom de son comportement reproducteur particulier : les œufs, au lieu d’être directement déposés dans l’eau comme chez la plupart des espèces d’amphibiens, sont portés par le mâle pendant 3 à 8 semaines (cf figure 1), jusqu’au moment de l’éclosion.

Figure 1 : Alyte accoucheur mâle portant les œufs avant leur éclosion (source : www.inpn.mnhn.fr)

Si la fécondation se fait sur la terre ferme, le mâle fait « tremper » les œufs qu’il porte tous les soirs dans un point d’eau, afin d’éviter qu’ils ne se dessèchent. Par ailleurs, juste avant éclosion, il vient les déposer dans l’eau. Le têtard pourra alors naître et se développer.

Le projet de création d’une mare

Pour permettre à la population d’Alytes accoucheurs présente sur la friche Carnot d’effectuer leur cycle de reproduction sur place, nous avions pour projet d’y installer une mare (cf figure 2) avant la période de reproduction de l’espèce, entre avril et mai… Et nous sommes passés à l’action entre le 10 et le 12 février, après avoir obtenu l’accord de 3F, propriétaire de la parcelle.

Figure 2 : emplacement de la mare (étoile bleue) sur la parcelle 262, appartenant à 3F

Première étape : le débroussaillage partiel de la friche

La friche Carnot étant très embroussaillée, un travail de taille et d’arrachage conséquent a été effectué. Nos principales cibles : du lierre rampant, de l’ortie et du bambou, toutes trois espèces envahissantes ou invasives, qui ont pu développer un système racinaire très dense, nous donnant à maintes reprises du fil à retordre (cf figure 3).

Figure 3 : un exemple de la ténacité des plantes envahissantes

Trois espaces ont pu être dégagés à l’issue de ce travail :

  • Un cheminement entre le lieu d’hibernation des Alytes et l’espace dédié à la mare.
  • Un espace dédié à l’installation de la mare (cf figure 4).
  • Une zone de friche située derrière la mare, destinée à accueillir une pelouse et / ou un potager partagé que nous mettrons en place par la suite.

Figure 4 : aménagement de l’espace destiné à accueillir la mare

Deuxième étape : l’installation de la mare

Nous avons choisi de mettre en place une mare sur coque nivelée, plus solide et permettant l’entrée progressive des crapauds dans l’eau. Nous avons creusé et déplacé plusieurs centaines de kilos de terre (cf figure 4), ajusté notre trou aux dimensions de la coque afin qu’elle soit légèrement en contrebas par rapport au niveau du sol, facilitant là encore l’utilisation de la mare par les Alytes accoucheurs.

Une fois la mare bien calée dans le trou, celui-ci a été rebouché avec la terre que nous avions extraite du sol. Il restait peu de terre excédentaire, que nous avons finalement mis de côté contre un mur et sur lequel nous avons dressé un hôtel à Crapauds à l’aide de grosses pierres provenant de la friche.

La mare a ensuite été tapissée d’argile, dans laquelle nous avons planté quelques espèces aquatiques (Carex, Prêle des Marais, Renoncule flammette, Menthe aquatique, Cornifle…).

Nous avons directement suivi cette action de la mise en eau de la mare. Elle finira de se remplir grâce à l’eau de pluie, et sera opérationnelle pour la période de reproduction des Alytes accoucheurs en 2017.

Figure 5 : tapissage d’argile de la mare sur coque

Au cas où l’eau de pluie venait à manquer, nous avons également installé un récupérateur d’eau relié à la gouttière d’une résidence voisine.

Et après ?

Nos travaux sur la friche ne sont pas terminés. Il y a des déchets à évacuer. Il faudra surveiller l’état de la mare et son utilisation par la faune locale. Il faudra empêcher une fermeture du milieu, un ombragement trop important de la mare ou un développement des bambous qui pourrait menacer la coque.

Nous travaillerons également à l’aménagement d’une pelouse sur l’espace autour et derrière la mare, que nous avons déjà dégagé et nettoyé des racines d’envahissants.

Aymie Q.

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